Loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables, 1 an déjà ! Faisons le point
13 mars 2024
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L’étude menée conjointement par l’UFE et son homologue allemand BDEW est désormais en ligne sur www.ufe-electricite.fr. Fruit de longs mois de travail conjoint, elle apporte une contribution de fond aux réflexions actuelles de la Commission européenne sur l’organisation du marché de l’électricité. Reposant sur des simulations chiffrées, l’étude franco-allemande révèle ainsi que, complété d’un mécanisme de capacité, le marché actuel de l’énergie serait bien plus efficient pour déclencher enfin les investissements nécessaires à la sécurité d’approvisionnement à moyen/long termes…
Aujourd’hui, la lutte contre le changement climatique impose un changement de paradigme dans les mix énergétiques. La priorité est de réduire les émissions de CO2 et donc le recours aux énergies fossiles, notamment le pétrole et le charbon. Dès lors, le système électrique européen est appelé à prendre de l’ampleur et le rôle de l’électricité décarbonée devient central. Mais avec des modes de consommation qui changent, et une part des énergies renouvelables qui augmente, le système électrique évolue. De fait, il devient encore plus sensible aux aléas météorologiques, ce qui accentue la menace à moyen et long terme sur la sécurité d’approvisionnement. Pour y faire face, il faudrait investir dans des moyens de production très réactifs et performants et dans des technologies innovantes, comme le stockage ou l’effacement.
Or, que se passe-t-il aujourd’hui? Le marché basé sur le seul échange de la quantité d’énergie (marché dit energy only) optimise bien l’équilibre offre/demande d’énergie électrique à court terme ; mais il n’incite pas économiquement aux investissements nécessaires à la sécurité d’approvisionnement à moyen et long terme. D’où le recours massif aux subventions, avec les effets négatifs que l’on connaît : les surcoûts pour les consommateurs, l’absence de concurrence à l’investissement, les freins à l’innovation.
Face à ce phénomène, les pays européens réagissent. Ils mettent en place des mécanismes complémentaires pour sécuriser le système électrique. La France a fait le choix d’une solution de marché avec l’obligation de capacité. Le gouvernement allemand, lui, s’est prononcé en faveur des réserves de capacité, c’est-à-dire pour un mécanisme de subvention de certains moyens de production nécessaires pour assurer la sécurité d’approvisionnement.
Mais au-delà de l’orientation politique, ce sont bien les industriels du secteur électrique qui investissent et assurent la sécurité d’approvisionnement. Conscients des enjeux, les électriciens français et allemands se sont associés pour comparer différents scénarios de fonctionnement du marché energy only avec ou sans marché de capacité, avec ou sans convergence entre les modèles franco-allemands. Cette étude chiffrée est une première en Europe. Elle évalue les différentes conditions de marché au regard de trois grands critères : la sécurité d’approvisionnement en électricité, le coût pour le consommateur, les incitations pour les industriels à investir, donc à innover.
Afin de tenir compte des objectifs de décarbonation de l’économie, l’étude a retenu un mix de production d’électricité décarbonée à 70%, avec 40% d’énergies renouvelables pour la zone France/Allemagne, et se base sur 50 scénarios climatiques représentatifs.
Les résultats mettent en lumière les limites du marché energy only : sur les 50 années simulées, seulement 7 années sont profitables pour l’investisseur. Rien ne dit que ces années extrêmes ne se produiront. Ni quand. L’incertitude est alors trop forte pour engager un investissement. Le marché Energy Only peut alors conduire à des situations de réelle menace de la sécurité d’approvisionnement.
Car les investissements nécessaires à la sécurité d’approvisionnement sont très risqués. D’où le recours massif, en Europe, aux subventions publiques. Et si 90 % des investissements nécessitent des subventions, peut-on vraiment parler de marché concurrentiel ? Ainsi, au delà des postures idéologiques, l’étude confirme que le marché de capacité est l’indispensable complément du marché energy only. Il n’en fausse pas le fonctionnement. Il permet, au contraire, une compétition entre toutes les technologies, qu’elles soient de production, d’effacement ou de stockage, sans distorsion de marché, sans intervention de l’Etat.
Et c’est toute la collectivité qui en bénéficie alors : l’incertitude sur les investissements est moindre, la compétition entre technologies plus libre, donc plus favorable à l’innovation. Du coup, le consommateur final voit sa sécurité d’alimentation, ainsi que son confort s’améliorer, et cela sans augmenter sa facture d’électricité !
Le 8 octobre prochain, le Colloque annuel de l’UFE, qui accueillera pour la première fois le Vice-Président de l’Union de l’Energie Maros Sefcovic, consacrera une table ronde à ces questions stratégiques liées à la sécurité d’approvisionnement, à la compétitivité et à l’innovation.