Mettre en œuvre la planification de la décarbonation de l’industrie
04 avril 2024
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L’énergie éolienne, tant terrestre qu’en mer, contribue à la fois à l’augmentation de l’indépendance énergétique des États ainsi qu’à jouer un rôle prépondérant dans la production mondiale d’électricité décarbonée et donc dans la lutte contre le changement climatique. Le GIEC estime ainsi qu’il s’agit d’une des seules solutions permettant de contribuer le plus à la réduction nette des émissions de gaz à effet de serre dans le monde à moindre coût d’ici 2030[1]. Afin d’atteindre la neutralité climatique à horizon 2050 et, à plus court terme, la réduction de 55 % de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, l’Union européenne (UE) vise ainsi une capacité installée de 510 GW en 2030[2], c’est-à-dire une multiplication par 2,5 par rapport à 2022 (204 GW répartis entre 188 GW d’éolien terrestre et 16 GW d’éolien en mer)[3]. La filière de l’éolien en mer en particulier devrait continuer de connaître une forte croissance durant plusieurs décennies pour atteindre la cible de 300 GW éolien en mer en 2050.
La France disposait quant à elle d’un parc de 20,6 GW d’éoliennes terrestres à la fin de l’année 2022[4]. L’objectif 2023 de 24,1 GW, fixé en 2020 par la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), ne sera donc vraisemblablement pas atteint, pas plus que la fourchette PPE pour 2028 (de 33,2 GW à 34,7 GW) sauf si le rythme de raccordement de nouvelles installations s’accélère[5]. En effet, le rythme actuel de nouvelle puissance installée par an (+1,4 GW par an entre 2019 et 2022) est relativement bas en comparaison des moyennes européennes observées, alors que la France possède le premier potentiel en Europe. La filière considère que cette accélération est toutefois réalisable et que les objectifs peuvent être atteints voire dépassés grâce à la récente loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables[6] et au nombre de projets en cours. S’agissant de l’éolien en mer, la mise en service en novembre 2022 du premier parc situé au large de Saint-Nazaire (pour une puissance de 480 MW avec un facteur de charge proche de 50 % sur ses premiers mois de fonctionnement), les futures mises en service des deux parcs de Saint-Brieuc et Fécamp en 2023 (500 MW chacun) ainsi que l’exploitation d’une éolienne flottante expérimentale de 2 MW ne permettront pas non plus d’atteindre l’objectif 2023 de 2,4 GW de la PPE. La PPE fixe également un objectif de 5,2 GW à 6,2 GW d’éolien en mer (posé et flottant) en service d’ici fin 2028. À l’origine de 18 200 emplois en 2018 pour l’éolien terrestre et 2 000 pour l’éolien en mer, le cap fixé à cette filière serait susceptible de créer entre 15 000 et 25 000 emplois d’ici 2030[7].
Dans son discours de Belfort en 2022, le président de la République a fixé pour objectifs d’ici 2050 une capacité de production de 37 GW avec des éoliennes terrestres et de 40 GW avec des éoliennes en mer, soit une cinquantaine de parcs.
Le développement de l’éolien terrestre est fortement lié à l’évolution du contexte politique, en particulier à l’Assemblée nationale, pouvant mener à un ralentissement du rythme d’installation pour les prochaines décennies. De son côté la filière estime que les objectifs de la PPE sont atteignables et peuvent être dépassés. Les objectifs pour l’éolien en mer sont quant à eux clairs et cohérents à moyen terme mais le plan de charge de la filière est instable, avec des périodes de creux importantes à court terme, notamment lié à l’attente de la mise en œuvre de mesures d’urgence et aux retards pris sur l’ensemble des appels d’offres de la PPE 2 (2020-2024). Cette instabilité est liée à une planification spatiale maritime imprécise, qui permettrait la réalisation dans les délais de l’objectif fixé en volume. Sans cette planification géographique exhaustive, les investissements dans les infrastructures ne peuvent pas être anticipés par les acteurs de la filière, affaiblissant de fait la crédibilité de l’objectif de capacité à installer. De plus, les délais de développement des projets de parcs éoliens terrestres, et dans une moindre mesure pour les parcs en mer, sont particulièrement longs, notamment du fait de nombreux recours juridiques et administratifs ainsi que de l’attente de la délivrance d’autorisations par les préfets.
Ce manque de visibilité associé à certaines contraintes techniques ne permet pas à la filière de pouvoir déployer les dernières évolutions technologiques qui pourraient pourtant permettre d’accélérer la transition énergétique. Ainsi, les servitudes aéronautiques et radars freinent pour l’heure l’adoption d’éoliennes terrestres de puissance pouvant aller jusqu’à 6 à 7 MW. Cette course à l’innovation et à l’augmentation de puissance des turbines concerne tout particulièrement l’éolien en mer. Cependant, ce phénomène crée une incertitude supplémentaire sur le dimensionnement des capacités industrielles et les réseaux de fournisseurs, et est susceptible d’aggraver les difficultés économiques des industriels (les coûts de développement d’une plateforme de turbines étant très élevés). Ainsi, l’absence générale de visibilité sur les plans de charge ne permet pas d’accompagner pleinement cette augmentation de puissance des génératrices.
La France dispose d’atouts propices au développement de l’énergie éolienne. D’une part, du fait de sa géographie, elle bénéficie de plusieurs régimes de vents ainsi que de larges espaces maritimes pour installer les éoliennes en mer qui présentent des facteurs de charge plus élevés que les éoliennes terrestres, également indispensables pour notre transition énergétique. En effet, le territoire métropolitain dispose d’une très large façade maritime et, plus largement, la France possède le deuxième plus grand domaine maritime mondial en incluant les territoires d’outre-mer. D’autre part, le tissu industriel français consacré à la filière offshore est important malgré le faible nombre de parcs installés. La filière est ainsi structurée en cinq grands pôles industriels : à Cherbourg pour la fabrication de pales (General Electric Renewable Energy), au Havre pour la fabrication de pales, nacelles et génératrices (Siemens Gamesa Renewable Energy), Montoir-de-Bretagne pour l’assemblage de nacelles et de génératrices (General Electric Renewable Energy) et enfin à Saint-Nazaire pour la fabrication des sous-stations électriques (les Chantiers de l’Atlantique). Ces sites représentent un tiers des usines du segment en Europe, que ce soit pour les éoliennes en mer et les sous-stations électriques. Enfin, la France peut s’appuyer sur des acteurs leaders au niveau mondial dans le domaine de l’énergie, avec une forte expertise dans le développement de projets éoliens ainsi que dans son intégration au système électrique, expertise qui intègre le recyclage et la capacité à renouveler les parcs existants avec des machines plus performantes.
Dans le peloton de tête mondial sur l’éolien flottant, la France dispose d’acteurs de haut niveau dans la recherche, le développement et l’innovation. Les premiers appels d’offres commerciaux seront attribués fin 2023 et début 2024, tandis que trois fermes pilotes de 24-30 MW chacune en Méditerranée servant de démonstrateurs seront mises en service sur ce même calendrier. L’éolien en mer, notamment flottant, fait partie des trois secteurs prioritaires identifiés par la stratégie Technologies avancées pour les systèmes énergétiques du Secrétariat général pour l’investissement. Via le projet de loi Industrie Verte, les ambitions industrielles du gouvernement pour la filière de l’éolien flottant sont claires :
L’éolien en mer est partie prenante de la souveraineté énergétique et industrielle française à court et à moyen terme. En s’appuyant sur un programme volontariste, bien cadencé et réalisé dans les délais, les capacités mises en service d’ici 2035 peuvent dépasser les 18 GW de puissance installée et créer plus de 20 000 emplois en France à cet horizon[8]. Une simplification accrue du cadre régulatoire et administratif associée à une planification précise et ambitieuse pourrait même permettre d’atteindre la cible de 40 GW en 2040, soit dix ans plus tôt que prévu.
S’agissant spécifiquement du raccordement des parcs d’éoliennes en mer au réseau électrique, qui sont des nœuds de réseau électrique d’importance stratégique (jusqu’à 2 GW de puissance transmise) :
[1] IPCC, 2022: Summary for Policymakers. In: Climate Change 2022: Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [P.R. Shukla, J. Skea, R. Slade, A. Al Khourdajie, R. van Diemen, D. McCollum, M. Pathak, S. Some, P. Vyas, R. Fradera, M. Belkacemi, A. Hasija, G. Lisboa, S. Luz, J. Malley, (eds.)]. Cambridge University Press, Cambridge, UK and New York, NY, USA. doi: 10.1017/9781009157926.001
[2] Initialement fixé à 453 GW en 2030 (374 GW terrestre et 79 GW en mer), l’objectif a été revu à la hausse de 57 GW dans le cadre de REPowerEU.
[3] Wind Europe, « Wind energy in Europe”, février 2023
[4] RTE, Bilan électrique 2022
[5] Ces objectifs seront remis à jour en 2024 dans le cadre de l’actualisation de la PPE (horizon 2033) et de la SNBC.
[6] Loi n° 2023-175 du 10 mars 2023
[7] EDEC filière électrique, 2020
[8] FEE & SER, « Éolien en mer : 50 GW en 2050. Accélérer dès maintenant pour le climat » et Pacte éolien en mer entre l’Etat et la filière, signé le 14 mars 2022.
[9] Sénat, Audition de M. Philippe Varin en commission des affaires économiques, février 2022
[10] Plus de 85 % des capacités mondiales de raffinage puis de production d’aimants permanents sont situés en Chine. MTE, « L’éolien et les moteurs pour véhicules électriques : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles », juillet 2022
[11] MTE, « L’éolien et les moteurs pour véhicules électriques : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles », juillet 2022
[12] Fédération de sites d’essai sur les énergies marines récemment constituée ayant vocation à accompagner le déploiement massif de l’éolien en mer.
[13] La France n’a pas de potentiel minier pour les terres rares mais bénéficie d’autres atouts puisque plusieurs entreprises françaises développent de nouveaux procédés de recyclage d’aimants permanents qui réduisent les impacts environnementaux des traitements. Ces entreprises s’appuient sur les compétences des entreprises françaises qui ton dominé la métallurgie des terres rares dans les années 1970 et 1980. MTE, « L’éolien et les moteurs pour véhicules électriques : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles », juillet 2022
[14] Ressources en biomasse par exemple.
[15] RTE, Commission Perspectives Système et Réseau, avril 2023. Éléments et résultats préliminaires visant à alimenter la concertation avec de premiers ordres de grandeur.
[16] Les jackups sont des navires capables de prendre appui sur le fond marin pour se stabiliser le temps de l’installation de l’éolienne et de ses fondations. Les thrusters sont des bateaux qui peuvent opérer par grands fonds grâce à des propulseurs qui permettent la stabilisation. MTE, « L’éolien et les moteurs pour véhicules électriques : choix technologiques, enjeux matières et opportunités industrielles », juillet 2022
[17] À titre d’illustration, le câble permettant le raccordement du parc d’éoliennes en mer de Saint-Nazaire a été fabriqué en Italie et en Finlande.